La ministre de la Culture affiche une ambition : faire de l’intelligence artificielle une opportunité pour la création et l’accessibilité culturelle. Les engagements annoncés vont dans le bon sens : protection du droit d’auteur, transparence des modèles d’IA, adaptation des métiers. Mais entre les intentions et la réalité, il y a un pas que nous veillerons à faire respecter.
Le Sommet pour l’Action sur l’IA a célébré l’innovation et les investissements. Mais derrière les discours enthousiastes, une réalité s’impose : l’impact social est largement sous-estimé. Les agents de la culture sont en première ligne de ces bouleversements. Dans le doublage, l’édition, la traduction, la création audio-visuelle, la composition musicale, les algorithmes remplacent déjà des professionnels sans encadrement. 15 000 emplois sont menacés dans le doublage, dont 5 000 artistes-interprètes.
Dans la traduction, les travailleurs sont relégués à la post-édition de textes automatisés, avec une dévalorisation massive de leurs compétences et rémunérations.
Et que dire des établissements publics, des musées, des bibliothèques, où l’IA est déjà utilisée pour la numérisation, la médiation ou la gestion des collections ? Comment s’assurer que cette transition ne se fasse pas au détriment des agents et de leur expertise ?
Les agents du ministère et l’impact sur les métiers
L’impact de l’intelligence artificielle ne se limite pas aux secteurs culturels de droit privé. Les agents du ministère de la Culture sont aussi directement concernés. L’IA transforme déjà les méthodes de travail dans la gestion des bases patrimoniales, la numérisation des archives, l’analyse des données et la médiation culturelle et bouleversera rapidement les usages et les pratiques administratives. Si elle peut être un levier d’amélioration, elle entraîne aussi des évolutions profondes dans les métiers, avec des risques majeurs si elle n’est pas encadrée.
Nous alertons sur trois enjeux essentiels :
- L’évolution des missions et des expertises : l’IA ne doit pas déposséder les agents de leur savoir-faire, mais être un outil au service de leurs compétences. Il faut éviter toute standardisation ou automatisation excessive qui nuirait à la qualité du service public culturel.
- La formation et l’adaptation des compétences : l’intelligence artificielle impose de nouvelles pratiques et requiert des compétences spécifiques. Il est indispensable que les agents puissent être formés pour maîtriser ces outils et en garder la pleine maîtrise.
- Les impacts sur l’organisation du travail : l’automatisation et la gestion algorithmiques ne doivent pas conduire à une externalisation croissante des missions ou à une précarisation des agents. La modernisation ne doit pas se faire au détriment des conditions de travail et de la reconnaissance des métiers.
Des règles claires et des moyens concrets
Nous ne nous contenterons pas de belles déclarations. La CFDT-CULTURE exige que les engagements pris soient tenus :
- Une régulation stricte de l’IA dans les métiers culturels : pas de dérégulation sauvage. L’IA ne peut pas être un espace de non-droit où les œuvres et les savoir-faire sont pillés sans contrepartie ;
- Une concertation réelle avec les professionnels : pas un affichage sans lendemain. Les agents de la culture doivent être pleinement associés aux décisions qui transforment leurs métiers ;
- Des investissements à la hauteur des enjeux : l’accompagnement des métiers impactés par l’IA ne peut pas se résumer à quelques mesures symboliques ;
- Un dialogue social effectif et constructif : tous les acteurs partagent la conviction qu’un dialogue social réel avec l’ensemble des parties prenantes est une condition essentielle pour que l’IA soit déployée et utilisée dans le monde du travail de manière vertueuse, efficiente et surtout respectueuse des droits et libertés ;
- Pas de décision sans concertation avec les organisations syndicales : les agents de la culture ne peuvent pas être les oubliés de cette mutation. L’IA transforme profondément les pratiques et l’organisation du travail. Il est inconcevable que ces évolutions soient imposées sans un véritable dialogue social.
La ministre de la Culture doit agir pour protéger ses agents et les métiers de la culture
L’Europe tente d’encadrer l’IA avec le AI Act, mais subit la pression des géants du numérique. Pendant ce temps, les États-Unis investissent 500 milliards de dollars, la Chine accélère. La France, elle, reste floue.
Le président de la République annonce 109 milliards d’euros d’investissements « privés français et étrangers » pour les prochaines années. Mais pour quels projets culturels ? Quel impact sur l’emploi ? Sur l’environnement ?
L’intelligence artificielle bouleverse nos métiers. Nous refusons que cette révolution se fasse au détriment des travailleurs et des créateurs.
Nous serons vigilants et exigeants. Les agents de la culture ne peuvent être sacrifiés sur l’autel du progrès technologique. Il en va du respect des créateurs, de la diversité culturelle et de la préservation de nos savoir-faire. Laisser faire, c’est laisser disparaître.